

Mobilisation pour la Science : Manifestation de « Stand Up for Science France » à Paris
Mobilisation pour la Science : Manifestation de « Stand Up for Science France » à Paris
PARIS — Le réseau Stand Up for Science France (SU4S) organise aujourd'hui une manifestation au cœur de Paris pour dénoncer les répercussions des politiques de recherche de l'administration Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Au début du mois, SU4S a réalisé un bilan de la situation actuelle aux États-Unis, tout en proposant des mesures concrètes pour lutter contre la désinformation qui « sape la confiance dans la science ».
Un appel à la mobilisation collective
Lors d'une conférence de presse tenue le 6 mars au Collège de France, Kristel Chanard, chercheuse à l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) et lauréate du prix Irène Joliot Curie - Jeune femme scientifique de l'Académie des sciences, a souligné la nécessité d'une pression collective bien préparée. Elle a déclaré : « Il faut mettre une pression collective qui ne s’improvise pas et se prépare ». Selon elle, la résistance commence par le respect d’une éthique fondamentale : « ne pas céder à l’obéissance anticipée, ne pas euphémiser les attaques, essayer de préserver les étudiants et les collègues attaqués, préserver les données et les archives menacées ». Elle a également insisté sur l’importance de « continuer à dire le vrai sur le monde, avec toute la rigueur scientifique nécessaire ».
Les conséquences des politiques de Trump sur la recherche
Kristel Chanard a également noté que la politique de l'administration Trump a eu un « effet de sidération » sur la recherche universitaire et scientifique. Cependant, elle a observé que cette stratégie peut être contrée par des réseaux de solidarité capables de se coordonner et de réagir rapidement face aux attaques. Elle milite ainsi pour « retisser des solidarités » au sein du monde académique et entre les différentes sphères de la société.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : entre décembre 2024 et novembre 2025, le nombre de titulaires d’un doctorat travaillant dans les agences fédérales américaines dans les domaines scientifiques (STEM) et dans le secteur de la santé a chuté de 17 % en moyenne, selon la mathématicienne Claire Mathieu, directrice de recherche au CNRS. Cette baisse est « massive et stupéfiante », notamment au sein de la National Science Foundation (NSF), où le nombre de titulaires de doctorat a chuté de 40 %.
Une purge idéologique et un étranglement budgétaire
Le réseau SU4S met en garde contre une « double offensive » visant les universités américaines et la recherche scientifique : une purge idéologique et un étranglement budgétaire. En février 2025, 7 800 postes de recherche ont été supprimés aux États-Unis, et 25 000 scientifiques et techniciens ont quitté les agences fédérales, représentant un cinquième de l'effectif total. Ce contexte a poussé à la création d'initiatives telles que Choose France for Sciences, qui a permis l'accueil de 41 chercheurs américains en France, selon des chiffres annoncés par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace.
Des mesures préjudiciables à la recherche en santé publique
Nathalie Bajos, sociologue et chercheuse à l’Inserm, a également fait part de ses préoccupations lors de la conférence de presse. Elle a évoqué des mesures nuisibles à la recherche en santé publique, reposant sur trois piliers : le démantèlement des instances d’expertise, les restrictions à la production scientifique et la propagation d’un discours anti-science. Elle a cité le personnel licencié aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et les bases de données effacées, tout en dénonçant la censure de certaines études, y compris celles portant sur la santé des jeunes.
Les conséquences de la censure et de l’autocensure
Elle a mentionné une réorganisation controversée au sein des Instituts nationaux de la santé (NIH), avec le remplacement de leur directeur par Jay Bhattacharya, un scientifique opposé aux politiques de prévention de la COVID-19. Bien que le Congrès ait rejeté la réduction de 40 % du budget du NIH proposée par l'administration Trump, de nombreuses coupes budgétaires ont tout de même été appliquées.
Les restrictions budgétaires ont été assouplies récemment, permettant au NIH d'utiliser son budget de 2026 pour financer des recherches. Cependant, la suppression des comités scientifiques et leur remplacement par des comités ad hoc suscitent des inquiétudes quant à l'intégrité du travail scientifique. Nathalie Bajos a mis en garde contre une « remise en cause totale du travail scientifique » et a souligné que les avis des comités ad hoc ne sont pas transparents.
Un appel à l'action face à la désinformation
Les décisions de l'administration Trump concernant la science du climat ont également été critiquées. Des termes comme « crise climatique » et « justice climatique » sont désormais tabous, entraînant des licenciements et des coupes budgétaires pour ceux qui osent les utiliser. Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de l’Université Paris-Saclay, a dénoncé une « obstruction structurée » qui freine l'innovation et minimise la gravité des enjeux environnementaux.
Face à cette situation, elle appelle la communauté scientifique à s'unir pour soutenir les scientifiques injustement licenciés et à sensibiliser le public à la désinformation. Son objectif est de « doter chacun d’un esprit critique », afin de mieux appréhender les enjeux scientifiques contemporains.
Conclusion
La manifestation de « Stand Up for Science France » à Paris est un appel fort à la mobilisation pour défendre la recherche scientifique et la vérité face aux attaques politiques. La communauté académique et scientifique doit se rassembler pour préserver la rigueur scientifique et protéger l'intégrité des données et des recherches, tout en éduquant le public sur l'importance de la science.
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